À Paris, le jugement en appel de Josu Urrutikoetxea, ancien haut dirigeant d'ETA, entaché par des dysfonctionnements du parquet général
Josu Urrutikoetxea Bengoetxea, surnommé Ternera, dirigeant historique de l'organisation séparatiste basque ETA devenu un artisan du renoncement aux armes, comparaît de nouveau à partir de ce jeudi 9 avril devant la justice. Poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste, il lui est reproché des empreintes digitales et génétiques retrouvées en 2002 et 2005 dans un véhicule et des caches de l'ETA à Lourdes (Hautes-Pyrénées) et Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne).
Artisan de la paix ou terroriste patenté ? C'est à nouveau la question qui doit occuper la justice à propos de Josu Urrutikoetxea Bengoetxea, surnommé Ternera. Le dirigeant historique de l'ETA (Euskadi Ta Askatasuna pour « Pays basque et liberté » en basque) doit comparaître ce jeudi 9 avril, et jusqu'à vendredi, devant la cour d'appel de Paris pour des faits remontant à plus de vingt ans.
Sous contrôle judiciaire en France, l'ex-figure de l'organisation indépendantiste, aujourd'hui âgée de 75 ans, est poursuivie pour association de malfaiteurs terroriste : il lui est reproché des empreintes digitales et génétiques retrouvées en 2002 et 2005 dans un véhicule et des caches de l'ETA à Lourdes (Hautes-Pyrénées) et Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), dans le sud-ouest de la France. Dans ce dossier, il avait été condamné en 2010 à cinq ans de prison en première instance puis sept en appel. Mais comme ces peines ont été prononcées en son absence, il a pu demander à être rejugé.
Peu après son arrestation dans les Alpes françaises alors qu'il se rendait à l'hôpital en 2019, de nombreuses personnalités, dont l'ex-dirigeant du Sinn Féin Gerry Adams et l'ancien responsable de l'ANC Ronnie Kasrils, ont demandé que cessent les poursuites contre lui avançant qu'il « a fait preuve d'un courage énorme pour promouvoir et rendre possible le débat sur la fin de la violence, le désarmement et la dissolution de l'ETA » et que « sans lui, et sans d'autres comme lui, il aurait été pratiquement impossible d'accomplir ce changement substantiel qui s'est produit au Pays basque ».
Relaxé dans un autre dossier en 2021
S'il a été un dirigeant de la lutte armée de l'ETA, il a par la suite participé à toutes les tentatives de règlement négocié du conflit, à Alger en 1989, puis à Zürich en 1999, jusqu'à celles d'Oslo dans les années 2010. En 2018, c'est également Josu Ternera qui le 3 mai, sept ans après l'abandon de la lutte armée, avait annoncé la dissolution de l'organisation dans une « déclaration finale » lue avec Maria Soledad Iparraguire, surnommée « Anboto », autre dirigeante historique. Il assure avoir coupé tout lien avec l'ETA en 2006 ce que la justice a déjà reconnu par le passé.
« Je crois que cette fin de la lutte armée est arrivée trop tard. La violence n'est pas un objectif en soi. Il y a eu des victimes des deux côtés, qu'il faut prendre en compte », avait déclaré Josu Urrutikoetxea, interrogé sur sa vision des morts causées par l'ETA depuis sa création sous Franco, en 1959, lors d'un procès en 2021 dans un autre dossier. Il était alors jugé pour sa participation à l'organisation entre entre 2011 et 2013 et a été relaxé. « Dans cette affaire, les juges ne se sont pas laissé influencer par la pression politique. C'est une décision juste à propos d'une affaire qui n'aurait jamais dû atterrir devant les tribunaux. Cet acquittement est la reconnaissance de l'importance des personnes qui, comme lui, s'engagent comme médiateur pour sortir de la violence », avait alors réagi le sociologue Michel Wieviorka.
À nouveau son rôle d'artisan de la paix devrait être au coeur des audiences. Reporté en 2021 en raison d'irrégularités, le procès qui s'ouvre ce jeudi avait de nouveau été repoussé à l'automne, pour raisons de santé mais aussi parce que la défense exige que le parquet général cite comme témoins l'avocat sud-africain Brian Currin et un ancien haut responsable de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), Gerry Kelly.
Risque d'extradition en Espagne
Les deux ont été des médiateurs internationaux dans les pourparlers qui ont conduit à l'autodissolution de l'ETA, et dans lesquelles Josu Urrutikoetxea « a tenu une place active et centrale », fait valoir son avocat, Laurent Pasquet-Marinacce. En manquant « à son obligation de citer » ces deux « observateurs de premier plan des discussions de paix », le parquet général occulterait son « rôle de faiseur de paix (...) dans les très nombreuses années de discussions qui ont permis de mettre fin au plus long conflit civil armé qu'ait connu l'Europe contemporaine », poursuit Me Pasquet-Marinacce.
C'est aussi une menace d'extradition qui pèse sur Josu Ternera avec ce dernier procès dans l'Hexagone. En 2020, la Cour de cassation avait accepté le principe de sa remise à l'Espagne, une fois les procédures judiciaires françaises closes. La justice espagnole le réclame notamment dans l'enquête sur l'attentat à la voiture piégée contre une caserne de la Garde civile à Saragosse en 1987 qui avait tué onze personnes, auquel le militant basque réfute avoir participé.